Disparition de Guy Lapébie
Lors de sa victoire à Lescure en 1949 (Photo Sud 'Ouest)
Double champion olympique sur piste aux JO de Berlin en 1936 et troisième du Tour de France 1948,
le Landais Guy Lapébie est décédé ce matin (Lundi 8 Mars) à l\'âge de 93 ans.
Ses obséques auront lieu à Luchon , Jeudi (11 Mars) à 14 Heures.
Il sera incinéré comme son frére .
Monsieur Guy LAPEBIE, Adieu. en course à gauche Guy Lapébie, à droite Milo Carrara Photo ACME
Guy avait été révélé aux yeux du grand public par les Jeux Olympiques de Berlin en 1936. Le garçon pas encore vingt ans à l’époque était rentré de Berlin le cou chargé de trois médailles dont deux en or, glanées en poursuite par équipe et dans le classement par équipe de l’épreuve sur route en ligne, et une d’argent obtenue individuellement dans la course sur route. Dans le sprint qui désigne son coéquipier Robert Charpentier comme champion olympique, Guy a été tiré plusieurs fois par le maillot sur les trois cents derniers mètres. Il n’a jamais effacé cette injustice de sa mémoire, il a toujours regretté cette troisième médaille d’or qui aurait dû lui échoir et faire de lui le coureur le plus titré au cours d’une olympiade. Guy savait en son fort intérieur que c’était son propre équipier, Robert Charpentier le vainqueur, qui l'avait tiré par le maillot. Il avait pensé porter réclamation, mais comme Charpentier aurait été déclassé, l’équipe de France aurait perdu sa médaille d’or du classement par équipe sur trois hommes, aussi l’entourage de l’équipe l’en dissuada et l’incident en resta là mais Guy n'a jamais pu l'oublier. Passé professionnel en mars 1937, il récolte de nombreuses places d’honneur 3ème de Paris-Caen 1937, 4ème de Gênes-Nice et 5ème de Paris-Angers 1938, 9ème de Paris-Nice 1939 il trouve enfin la victoire dans Paris-Le Mans qui est en réalité la 1ère étape du circuit de France en 1942. C’est à partir de 1942 qu’il va faire de plus en plus d’apparitions sur piste avec Louis Gérardin il s’impose dans le grand prix d’américaine de Bordeaux. En 1944 il se classe troisième du Grand Prix de Paris de vitesse devancé par les purs sprinters que sont Gérardin et Senfftleben. 1945 le classe routier international il enlève la classique suisse Zurich-Lausanne devant les meilleurs routiers du moment. Dès 1946 Guy va courir en Suisse, connaissant la valeur du franc suisse il ne va pas ménager ses efforts qui sont récompensés par de belles victoires : 1er du Grand Prix du Locle à Berne devant M. Kint, 1er du Tour des 3 Lacs (Morat-Berne-Morat) en 2 étapes (1er de la 1ère étape chrono) 1er de la 3ème étape (A) du Tour de Suisse. Il se classe également 8ème du Championnat de France sur route et 9ème du Championnat du Monde sur route à Berne. En 1949 il réédite sa victoire de l'année précédente dans les six jours de Paris avec pour coéquipier le belge Achille Bruneel. Bien qu’il s’avère routier de belle classe, il est toujours très attiré par la piste, c’est sa rencontre avec le pistard Arthur Serès qui va le diriger vers les vélodromes beaucoup plus intensément. A partir de 1946 il lie son sort avec A. Serès et se lance dans la ronde infernale des six jours. Avec son nouveau compagnon il termine 2ème des Six jours de Paris 1946, 3ème de ceux d’Anvers en 1947, 1er des six jours de Paris 1948, 4ème à Anvers 1948. Sur l’insistance de son frère Roger, Guy décide de courir le Tour de France. Homme de défi Guy Lapébie n’hésite pas en 1948 à rencontrer J. Goddet Directeur du Tour de France en personne, pour lui dire qu’il veut courir la grande boucle. J. Goddet lui répond qu’il doit faire ses preuves. Pour cela il doit vaincre deux préjugés, il est toujours identifié comme le frère de Roger le Champion, et une réputation de « coureur fragile » car venant de la piste. Il est catalogué alors comme tous les pistards de « coureur en soie » ou comme coureur au « maillot de soie » matière dont sont habillés les coureurs sur la piste ; qui ont de plus la réputation de ne pas savoir souffrir, puisqu’ils évoluent toujours à l’abri des intempéries. Celui qui allait devenir le « Prince des Ecureuils », « les coureurs de six jours sont appelés ainsi pour leur agilité sur les anneaux de bois), va réaliser en cette année 1948 un Tour de France époustouflant de classe et de courage. Pour sa première participation à l’épreuve, il termine troisième à Paris derrière l’intouchable Gino Bartali et le belge Brick Schotte qui lui a ravi la deuxième place à quelques jours de l’arrivée, suite à une chute qui l’a blessé au niveau des tendons de la cheville et obligé à porter un bas à varices recouvert de plâtre du talon au dessous du genou dans les dernières étapes. Il est sorti vainqueur de deux étapes du Tour de France une en 1948 à Nantes et une à Bordeaux en 1949 où il devança le colosse Belge R. Van Steenbergen en personne, ce qui fit naître une polémique, d’après Guy « Les journalistes qui auraient dû le porter au pinacle après une telle victoire ne cherchèrent qu’à le discréditer en disant que le belge n’avait pas défendu ses chances face à lui. Vexé, il quitte le tour deux jours plus tard, reconnaissant qu’il avait pris ce prétexte pour garder du jus afin d'honorer les nombreux contrats sur piste qu’il avait signés avant le tour. Coureur hyper nerveux à la détente féline sa classe est d'un éclectisme rare, rien ne le dérange il sort d'un six jours et on le retrouve aussitôt sur la route. En pratiquant de la sorte il va trouver le moyen de triompher dans deux étapes du tour du Luxembourg 1948 et 1949, quatre étapes du tour du Maroc 1950, le circuit des grands vins de la Gironde en 1950. Echouer de très peu dans Paris Bruxelles 1950 (2ème), Paris-Tours 1950 (3ème) A partir de 1949 Guy va devenir l’un des meilleurs « écureuil » du monde avec son nouvel équipier Emile Carrara « dit Milo les belles gambettes ». Ils vont s’imposer dans les six jours de Saint Etienne 1950, Berlin 1951 et 1952, Hanovre 1951, Munich 1951, Dortmund 1952, ils étaient à l’époque considérés comme la plus belle paire de « Six daymans » au monde. Pourtant, il ne fera plus qu’épisodiquement de la route, il prendra toutefois le départ de son troisième Tour de France en 1952, qu’il abandonnera sans gloire dans la 18ème étape. C’est justement quelques temps après son abandon dans le Tour suite à une banale visite médicale, que son médecin découvre une tachycardie, il est alors catégorique il faut qu’il cesse la compétition immédiatement car il risque de mourir subitement pendant un sprint. Guy inquiet raccroche aussitôt bien qu’il ait de nombreux contrats sur piste en Allemagne et en Suisse et qu’il pouvait espérer continuer à courir les six jours jusqu’à un âge très avancé. Il est certain qu’aujourd’hui le corps médical n’aurait pas empêché Guy de continuer sa carrière. En ce temps là, la médecine sportive n’en était qu’à ses balbutiements. Par la suite il a toujours continué de rouler avec les groupes de cyclistes des clubs de la région jusqu’à l’âge de 85 ans, comme quoi sa tachycardie ne devait pas être si grave que ça. A sa retraite cycliste Guy a dirigé l’une des plus grandes brasseries du centre de Bordeaux. Puis il fera construire un hôtel restaurant au Mourtis à 1500 mètres d’altitude dans le Col de Mente. Alors qu'il est au soir de sa vie, Serge son fils unique qui fût lui aussi professionnel, disparaissait dans un accident de la route en 1991, ce drame va bouleverser tout le reste de son existence, il va continuer à vivre dans le souvenir de ce fils absent pour toujours, et à cheminer au milieu des cendres d'une gloire à jamais enfuie
à gauche Guy Lapébie, à droite Achille Bruneel
Photo ECLAIR MONDIAL
Guy et Roger ont du reconstituer la haut le tandem fraternel, désormais les deux frères appartiennent à la mémoire collective des bordelais.
Guy Lapébie était né le 28/11/1916 à Saint Geours de Maremne (40) et est décédé le 08/03/2010 à Saint Gaudens (31).
Gérard DESCOUBES
2. Guy Dagot Le 09/03/2010 à 09:21
3. Mr.Pronostique Le 09/03/2010 à 14:51
4. Joël MOUCHAGUE Le 09/03/2010 à 14:57
6. Turtaut Sebastien Le 10/03/2010 à 14:15